Les économies budgétaires sont-elles solubles dans les gains achats ?

publié le 10 juil. 2014 à 15:11 par Ludovic Myhié   [ mis à jour : 11 juil. 2014 à 00:53 ]
L'évaluation des gains est une nouvelle activité, liée à la mise en place d'organisations achats, permettant de mesurer la performance économique des actions mises en oeuvre et d’engager une dynamique partagée et continue autour des actions achat. Les gains achats réalisés par les acheteurs et les gains budgétaires sont présentés comme inéluctablement liés au point souvent de les confondre. Pourtant, ces deux natures de gains peuvent ne pas recouvrir la même réalité.

Les gains achats ou économiques mesurent les effets des politiques achats mises en oeuvre : baisse de prix, réduction du coût global, coûts évités... Ils ne mesurent pas la totalité des effets budgétaires (fluctuation des prix, nouveaux achats liés à une nouvelle activité ou à l'innovation, évolution de la fiscalité...). 

Par opposition au gain achat, le gain budgétaire mesure les économies réelles sur le budget par comparaison complète entre exercices budgétaires et ne vaut donc que pour les dépenses récurrentes.



Le guide de la modernisation de l’Etat du SAE (septembre 2013) retient trois formules de calcul du gain achat en fonction du type de projet d’achats :

a) Les achats récurrents :   Gain achat = (prix historique - prix nouveau) X volume prévisionnel. Le prix historique est entendu comme le prix de l’ancien marché

b) Les achats non récurrents : Gain achat = (prix de référence - prix nouveau) X volume prévisionnel. Par définition, l’acheteur ne dispose pas de prix, il va donc l’estimé à l’aide d’étude, de benchmark, etc…

c) Les actions de progrès : Gain achat = situation de référence – situation améliorée. Par exemple, une stratégie d'achat peut conduire à modifier la politique de consommation d’une entité et ainsi réduire les consommations. Ainsi, si l’entité achetait 100 unités auparavant, elle en achètera peut être plus que 80 par la suite (le prix ayant certainement augmenté puisqu’elle achète moins).

La formule c) conduit le plus souvent à une liaison entre gain économique et budgétaire : j’achète pour 100, je n’achète plus que pour 80, j’ai donc réalisé un gain budgétaire de 20.

Pour les formules a) et b), la situation peut être toute autre. Prenons un exemple concret : une entité achète 100 unités en année A et 200 unités en année B. L’entité obtient un prix de 10€ en année A et de 8€ en année B. Son gain économique est ainsi de 400 euros ((10- 8) * 200)). Or, nous en conviendrons, sa dépense a augmentée de 600€ (1600 – 1000). Le gain économique se traduit concrètement par une augmentation de la dépense.

A contrario, si le volume d’achat diminue drastiquement, l’utilisation de la formule classique conduira le plus souvent à des gains achats négatifs (si un acheteur doit acheter 200 unités en année A et 100 unités en année B,  il y a fort à parier qu’il fera face à des augmentations de tarifs).

 

Si ces différentes formules méritent effectivement d'être retenues pour suivre l’action de l’acheteur, elles mériteraient d'être complétées par l’analyse de la performance globale de la direction achat. L'indicateur de performance achat se doit donc d'être valorisé par son effet budgétaire afin d'éviter une mesure de gains fantômes ou au contraire de surcoûts virtuels et, en tout état de cause, des effets bien éloignés de la cause ayant présidé à la mise en place d'une fonction achat.

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