Attention à l'élaboration du DQE et aux tactiques achats associées

publié le 28 nov. 2017 à 04:55 par Jeoffrey Rambinintsoa   [ mis à jour : 28 nov. 2017 à 08:09 ]




La relecture de DCE dans le cadre de nos missions nous amène aujourd'hui aborder le sujet des DQE. A titre de rappel, le DQE (Détail Quantitatif Estimatif) est un document, le plus souvent non contractuel, mobilisé dans les marchés faisant l'objet prix unitaires afin de permettre la comparaison des prix. 





L'usage du DQE permet la réalisation d'une simulation en principe réaliste des commandes.

Exemple simplifié: pour un marché de fourniture de stylo

 Dénomination quantité  prix du candidat 1 ht 
 stylo bleu 1 5 
 stylo rouge 3 
 stylo violet 2  3
 stylo noir 2 4
 stylo jaune 3 2

Total prix candidat 1 = 37 euros

Les difficultés liées au DQE sont de plusieurs ordres:

  •  Le DQE est fréquemment, lorsqu'il est utilisé, le seul élément permettant l'analyse du critère prix. L'une des problématiques est qu'en matière d'accord cadre à bons de commandes, les acheteurs publics prévoient souvent des prestations qu'ils ne sont pas certains de commander. Deux pratiques sont rencontrées : les acheteurs qui mettent une quantité de 0 afin de ne pas prendre compte ces prestations qui ne seront certainement pas commandées (auquel cas, ces prix ne sont pas analysés ce qui laisse la possibilité au fournisseur de mettre n'importe qu'elle tarif) ou les acheteurs qui mettent une quantité 1 sur ces prestations afin de pouvoir les analyser (ce qui pose la difficulté d'avoir parfois des DQE avec autant de quantités de prestations qui ne vont jamais être commandées à 1 que de prestations qui vont être véritablement commandées également à 1). Aucune de ces pratiques n'est finalement satisfaisantes. Au final, il reste préférable de sortir les prestations potentielles (le prestations dont les quantités sont à 0) et de retenir deux sous critères prix, un premier concernant le DQE sur les quantités réelles et un second sur les quantités potentielles avec des coefficients de pondérations liés au poids financiers du DQE et de ces autres prestations (par exemple 80% sur le DQE, 20% sur le reste)
  • l'asymétrie d'information. En principe, le DQE est censé représenter les consommations réelles sur la durée totale du marché. Malheureusement, force est de constater  la méconnaissance par certains acheteurs des consommations réelles et encore moins du prévisionnelle de consommation. Si le titulaire du marché lui, dispose de ces informations et d'un modèle mathématique réelle de tendance de consommation, celui ci a la capacité d'élaborer une stratégie tarifaire lui garantissant la victoire. Par exemple, imaginons que l'acheteur public, prévoir un prévisionnel de consommation de stylo bleu de 4 et de rouge de 4. Le titulaire candidat, sait que la consommation réelle sur ce stylo rouge est plutôt de 1 et de bleu de 10. Celui ci peut adapter ses tarifs en conséquence, sous évaluant largement le tarif du stylo rouge et sur évaluant le tarif des stylos bleus. Cette asymétrie d'information conduit d'une part à fausser la mise en concurrence et à des surcoûts importants pour l'administration. Pour contrer cette réalité, il est nécessaire que l'acheteur dispose d'une vrai vision de ses consommations, notamment en utilisant les restitutions de consommation passée, en réalisation des prévisionnel de consommation fiable mais également en travaillant fortement sur le besoin
  • Les stratégies d'exécution des candidats. Celle ci peut être lié au mécanisme de pénalité, des quantités estimées ou  de la position concurrentielle d'une société par rapport aux autres. Dans l'exemple précité, si notre candidat à sous évalué volontairement le tarif du stylo rouge, celui ci aura tout intérêt à dire à un moment que la référence n'est plus disponible, cesser d'approvisionner, prévoir des baisses de qualité réduisant la volonté de commander et ainsi éviter les pénalités, etc... De même, si  la formule de pénalité est de type V x R /100 , plus la valeur du produit sujet au retard est faible, plus la pénalité sera mécaniquement faible. Aussi, en tant que fournisseur, j'ai intérêt en pareil cas à minorer les prestations les plus sujettes à du retard et à majorer celle où je sais pouvoir toujours à l'heure.
Ainsi, il est important que l'acheteur ait bien en tête toutes ces réalités pour adopter la meilleure stratégie de pondération, mécanisme de sous critère  (par exemple, survaloriser ce qui est forfaitaire et certain d'arriver dés le début du marché, un fournisseur pouvant être tenté de survaloriser ce qui est certain d'arriver rapidement et sous évaluer ce qui arrive potentiellement et plutôt en fin de marché).

Tous les fournisseurs ne mettent pas en oeuvre de telles stratégies. Toutefois, il nous paraît important d'identifier tous ces risques et de les prendre en compte pour améliorer la qualité des mises en concurrence et prévenir les risques de surcoût. 

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